Le miroir

J’ai fait quelque chose de mal ce matin.

En ouvrant Instagram, j’ai vu que j’avais des messages.

J’ai été très étonnée car je suis trop vieille pour ce réseau social et je n’y reçois jamais de message.

Je suis allée les voir.

Je les ai lus.

Là où c’était mal, c’est que ce n’était pas mon Instagram.

C’était celui de mon fils qui utilise souvent mon téléphone depuis que le sien est cassé.

Et j’ai lu.

J’ai lu de magnifiques messages d’amour entre lui et une jeune fille.

Une jeune fille magnifique.

Une jeune fille très mature.

Beaucoup plus mature que je ne le suis.

Elle se livre, elle l’aime.

Il l’aime aussi, il se livre aussi.

Je ne pensais pas que ce gros dur pouvait se livrer ainsi.

Sauf qu’il ne la croit pas.

Il est trop moche, trop gros, trop con pour être aimé par elle.

Elle lui propose un rendez-vous avec une surprise.

Il veut savoir.

Elle ne veut pas dire.

Il tente de lui soutirer des informations par tous les moyens, y compris le chantage affectif.

Elle ne dit rien.

Juste « Viens, s’il te plait. Viens lundi. »

Il veut savoir.

Non.

Si.

Elle livre des indices par émoticônes.

Dont un lit.

Il ne vient pas.

Elle le quitte.

Mon fils aime, mon fils s’est dégonflé et mon fils a été quitté.

C’est la vie, me direz-vous.

Mon fils me ressemble.

Depuis la naissance, quand on met deux photos de nous au même âge, impossible de nous distinguer.

Évidemment, en grandissant, on voit le garçon, on voit la fille, mais n’empêche.

Quand je le regarde, je me perds en lui, comme dans le miroir que je cherche désespérément depuis ma naissance.

J’ai usé tous les miroirs à chercher ma beauté en vain.

Et lui, mon reflet, je le trouve magnifiquement beau.

Je vous jure ! Qu’est-ce qu’il est beau, ce môme !

Mais lui se trouve moche. Comme moi.

Donc pas digne d’être aimé. Comme moi.

Donc lâche. Comme moi.

Donc malheureux. Comme moi.

Enfin non. Il va mettre un mouchoir dessus, il va se dire que c’était impossible, qu’il aurait plus souffert après, pendant…

Et cette gamine qui l’aime, qui a leur cœur brisé…

A cause du miroir que j’ai posé entre mon fils et moi. Un miroir déformant.

Je lui ai transmis ça aussi.

J’ai des grands discours, de beaux conseils, mais je ne suis pas foutue de me les appliquer à moi-même, pas foutue de lui montrer l’exemple.

J’ai envie de lui parler, de lui dire : « Va-s’y, fonce, aime-la ! Rattrape-la ! Prends des risques ! Donne-toi, abandonne-toi !»

Mais, déjà, je n’aurais pas dû lire, ensuite quelle légitimité je peux avoir à lui dire ça ?

Cette gamine m’a donné une leçon aujourd’hui.

L’amour, ce n’est pas donner.

C’est recevoir.

Avoir la capacité de recevoir.

Recevoir l’amour de l’autre.

Non, mon chéri, ce n’est pas « donne-toi » qu’il faudrait que je te dise, c’est : « prends-la ».

Elle était prête à se donner, elle.

C’est pour ça qu’elle te quitte.

Pas parce que tu ne t’es pas donné, mais parce que tu ne l’as pas prise.

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