J’écris.

J’écris.

Cinq cents, huit cents, mille mots par jour.

J’en suis fière, mais je me vide.

Je ne pensais pas que ça allait autant me vider.

Ou plutôt si, je le savais, c’est pour ça que je ne m’y mettais pas.

Je suis émotionnellement épuisée.

J’ai une douleur au ventre depuis quelques temps.

Une douleur lancinante et tenace qui m’achève et m’épuise.

Comme une douleur bien tangible et physique de ce que j’arrache de moi.

Je suis une gentille hypocondriaque.

Celle qui se fait des nœuds au cerveau à la moindre douleur.

J’ai peur de la douleur, j’ai peur de l’épreuve.

Mais au final, mes vraies maladies, je les gère très bien, je les oublie et certaines, pourtant fatales, disparaissent même, grâce à mon système immunitaire à toute épreuve.

Parce que j’ai un système immunitaire à toute épreuve.

Une super barrière physiologique qui me protège de tout : du mal et du bien, des autres et de moi-même.

Pas de la peur, mais de tout le reste.

Ça doit être la peur qui me tenaille au ventre en ce moment.

La trouille, les choquottes, la frousse, le trac.

J’écris jusqu’à plus de mille mots par jour.

Si je n’abandonne pas, dans un mois mon roman est fini.

Fini.

J’aurai fini quelque chose.

Un vrai truc qui se tient, en longueur, pas torché à la va-vite.

Une vraie histoire qui ne parle pas de moi mais qui parle beaucoup de moi quand même.

Je vais m’exposer, peut-être à peu de monde. Surement à peu de monde. Forcément à peu de monde.

On va voir mes défauts.

On va voir mes qualités.

Un jour, ma sœur, alors que nous étions réconciliées, m’avait dit qu’elle m’aimait, comme ça, en plein restau. Mes yeux s’étaient instantanément emplis de larmes. Ça l’avait beaucoup fait rire. Pendant tout le repas, elle s’était amusée à me dire « Je t’aime », régulièrement, entre deux phrases, par surprise. A chaque fois, les larmes montaient instantanément.

Je crois que c’est de ça que j’ai peur.

J’ai reçu des compliments hier, sur moi et sur mes nouvelles et aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir été passée à tabac. KO la meuf !

J’ai envie de tout laisser tomber, de partir en courant, de déchirer le pacte que j’ai signé.

Ce n’est pas possible ! Je ne peux pas continuer à écrire. Je ne peux pas baisser la garde, laisser crever ma barrière immunitaire au risque de me choper toutes les saloperies qui passent.

Je pourrais me choper le succès, la reconnaissance, la confiance en moi. Et pourquoi pas l’amour tant qu’on y est ! J’en crèverai ! Les bras en croix, portant les stigmates des tortures que je me serais infligée à sortir de moi tous ces mots (maux ?), comme Jésus sur cette tombe.

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